Sur TikTok : Le Business Rentable des Faux Comptes d’Actualités

Dans le monde dynamique de TikTok, un phénomène intrigant émerge : des vidéos oscillant entre faits fictifs et annonces sensationnelles, notamment sur les finances personnelles, captent l’attention des utilisateurs. Propulsées par des voix off générées par intelligence artificielle et des images percutantes, ces créations déclenchent des réactions contrastées, variant de l’indignation à l’enthousiasme. Les interactions générées par ces contenus, comme les partages et les commentaires, représentent un enjeu financier, participant à une désorganisation de l’information en ligne.

Victor, un jeune homme de 29 ans originaire de la région marseillaise, a partagé son expérience sur TikTok depuis un an et demi, après une période de chômage. « J’ai eu besoin de me relever. J’ai donc exploré plusieurs niches pour générer des revenus », explique-t-il, précisant qu’il gère actuellement deux ou trois comptes et y consacre près de six heures par jour. Il prétend tirer un revenu brut entre 1 500 et 4 500 euros par mois en racontant des « nouvelles étonnantes », privilégiant les thématiques insolites et sensationnelles, car elles touchent un large public.

Océane Herrero, journaliste et auteur de Le système TikTok (éd. du Rocher), souligne que ces clips, conçus pour provoquer une réponse émotionnelle, notamment sur des sujets sensibles comme le coût de la vie, illustrent une « industrialisation de la désinformation ». Les récits fictifs, enrichis par des points d’exclamation et des émojis choqués, flirtent avec des rumeurs de kidnappings ou d’animaux sauvages errants, mais aussi des fausses nouvelles sur des amendes et couvre-feux. 

Alors que Victor mêle quelques vérités à ses publications pour éviter la suspension de ses comptes, il évite de traiter des sujets concernant le Moyen-Orient ou l’Afrique, non inclus dans le programme de monétisation de TikTok. Pour contourner cette restriction, un jeune homme de 28 ans, prénommé Eric pour préserver son anonymat, publie ses vidéos via le compte d’un ami vivant en France. Son activité lui a permis de financer une opération chirurgicale de1 500 euros suite à un accident, rapporte-t-il à l’AFP.

Ces vidéos attirent un large public, comme Benjamin et Will, qui ont témoigné pour l’AFP sous couvert d’anonymat, affirmant faire davantage confiance à des médias indépendants qu’aux chaînes d’information traditionnelles, qu’ils accusent de manipulation.

L’Attrait de la Monétisation

Bien que difficile à cerner, le phénomène de la déformation de l’actualité est en pleine expansion sur TikTok, avec une multitude de comptes dédiés à l’« actualité ». Souvent, un seul créateur est derrière plusieurs d’entre eux. Maxime, 19 ans, déclare : « Je suis ici pour générer des revenus », notamment dans le but de financer une formation sur les outils d’intelligence artificielle pour le cinéma.

Son compte a atteint l’éligibilité à la monétisation grâce à la popularité de certaines vidéos, telle une imitation de Giorgia Meloni, ce qui lui a rapporté 60 euros, une première gratification significative, bien qu’il admette être « inquiet » de l’effet que cela a sur son public. Cependant, TikTok a depuis supprimé son compte.

Ces contenus violent les règles du programme de monétisation de la plateforme, qui nécessite plus de 10 000 abonnés, 100 000 vues dans les 30 jours, et des vidéos d’une minute minimum. Océane Herrero note que ces pratiques, axées sur le sensationnalisme et l’engagement, sont des comportements que TikTok tente de décourager, rappelant que des sanctions peuvent être appliquées si ces comportements causent un préjudice notable.

Contactée par l’AFP, TikTok a assuré ses efforts pour « lutter contre la désinformation », qu’elle soit intentionnelle ou non, précisant que ces comptes participent à la désaffection du public vis-à-vis des institutions, par leurs divulgations de mesures factices et leur approche aléatoire des informations. L’AFP, parmi d’autres structures de fact-checking, est rémunérée par TikTok pour vérifier des contenus potentiellement fallacieux sur la plateforme.

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