Corine de Bilbao, présidente de Microsoft France, exprime des convictions fermes quant à l’avenir de l’intelligence artificielle (IA). Selon elle, il ne faut pas avoir peur de parler de bulle autour de cette technologie, car elle est rapidement adoptée par les entreprises et les consommateurs. Bien que certains spécialistes craignent que les investissements massifs dans l’IA soient démesurés par rapport aux retours sur investissement, Bilbao reste optimiste. Elle met en évidence des indicateurs de robustesse, tels que l’intégration de l’IA dans divers secteurs de la société.
À la tête de Microsoft France depuis 2021, Corine de Bilbao souligne que le géant technologique investit massivement dans l’IA. Microsoft propose son assistant IA, Copilot, et détient 27 % des parts de OpenAI, l’entreprise à l’origine de ChatGPT, le chatbot le plus utilisé au monde, avec un investissement total dépassant les 13 milliards de dollars.
Dans l’Hexagone, près de 40,9 % des actifs utilisent des solutions d’IA, un chiffre impressionnant comparé aux 26,3 % observés aux États-Unis. Cela place la France au cinquième rang mondial en matière d’adoption, selon les recherches du Microsoft AI Economy Institute.
Un milliard d’agents IA d’ici 2028
Des entreprises comme TotalEnergies illustrent l’usage de l’IA sur le terrain. L’énergéticien déploie Copilot ainsi que des agents IA capables d’exécuter des missions de manière autonome, notamment dans les domaines de la maintenance, des achats et de la sécurité. De son côté, l’assureur Generali a largement intégré l’IA, automatisant plus d’un million d’opérations.
Corine de Bilbao évoque une projection enthousiasmante : « Plus d’un milliard d’agents IA devraient faire leur apparition dans les entreprises d’ici 2028 », d’après une étude IDC. Toutefois, elle met en garde contre les conséquences potentielles de cette transformation, comme la réduction des effectifs observée auprès de certaines entreprises, dont Amazon et Allianz Partners.
Microsoft France, avec près de 2 000 collaborateurs, a annoncé qu’elle réduira son personnel de 10 % via un accord collectif sur base volontaire. Bilbao précise que cette décision est liée à l’évolution de certains métiers et non directement à l’IA. Parallèlement, l’entreprise cherche à recruter des talents plus techniques, tels que des ingénieurs solutions, pour répondre aux nouvelles exigences de ses clients.
« L’IA génère beaucoup d’inquiétudes », admet-elle. Elle préfère le terme « salariés augmentés » à l’idée de licenciements, arguant que l’intelligence artificielle peut alléger les tâches répétitives. Pour Bilbao, la formation des employés aux nouveaux outils est essentielle pour relever ce défi.
Vers une « nouvelle économie »
Pour Corine de Bilbao, le succès de l’IA passe par une valeur partagée. « Il n’y aura pas de déploiement de l’IA sans que tous les acteurs de la société, y compris les citoyens et les entreprises, soient formés », insiste-t-elle. Microsoft s’est fixé pour objectif de former un million de personnes à l’IA d’ici 2027, ayant déjà initié 250 000 formations. L’entreprise projette également de soutenir 2 500 start-up françaises.
« Un écosystème dynamique émerge, rassemblant fournisseurs de modèles de langage et infrastructures, créant ainsi une nouvelle économie axée sur l’IA », déclare-t-elle. Lors du sommet Choose France, Microsoft a annoncé un investissement de 4 milliards d’euros pour développer ses centres de données à Paris et Marseille, ainsi qu’un nouveau datacenter à Petit-Landau, près de Mulhouse.
« Les avancées sont prometteuses », souligne Bilbao, même si elle ne spécifie pas de date pour l’ouverture du nouveau centre. « Ces projets ne croissent pas à la vitesse de la lumière ; ils nécessitent plusieurs années entre la demande d’autorisation et la construction », explique-t-elle. D’ici 2026, le véritable défi sera d’assurer la transition vers une IA non seulement expérimentale, mais pleinement opérationnelle, apportant réelle valeur ajoutée aux entreprises tant en termes de revenus que de productivité et d’innovation », conclut-elle.