Le rachat de Challenges par le groupe LVMH suscite d’importantes préoccupations parmi les employés du magazine. Des actions judiciaires commencent à se multiplier. Des organisations telles que Reporters Sans Frontières (RSF), le Syndicat national des journalistes (SNJ), ainsi que le SNJ-CGT ont portés l’affaire devant le Conseil d’État, alertant sur les menaces que cette opération de concentration pourrait faire peser sur l’autonomie des rédactions, le pluralisme médiatique et la concurrence équitable. Concernant les deux premiers enjeux, leurs arguments s’appuient sur le règlement connu sous le nom d’« European Media Freedom Act » (EMFA), en vigueur depuis août 2025 en France, qui demande à chaque État membre de l’UE d’évaluer les concentrations sur le marché des médias susceptibles d’affecter l’indépendance éditoriale et le pluralisme.
En décembre, RSF avait déjà sollicité l’intervention du Premier ministre Sébastien Lecornu et de la ministre de la Culture Rachida Dati, sans obtenir de réponse. De leur côté, l’Arcom a catégoriquement rejeté leur requête. Face à cela, RSF et les syndicats ont déposé un recours pour excès de pouvoir, ainsi qu’une demande urgente de suspension de la transaction, en raison de son illégalité au regard du respect de l’EMFA (article 22), en raison d’un défaut de mécanisme d’évaluation. L’audience liée à cette demande est programmée pour le jeudi 12 mars.
L’Autorité de la concurrence engagée dans le dossier
En parallèle, le SNJ, le SNJ-CGT et le Syndicat National des Médias et de l’Écrit (SNME-CFDT) ont également saisi l’Autorité de la Concurrence le 17 décembre 2025, arguant que LVMH se rendait coupable d’abus de position dominante en entravant la concurrence sur le secteur de la presse économique et financière dans le cadre de ce rachat. L’instruction de cette affaire est en cours.
Le recours auprès du Conseil d’État vise à suspendre les conséquences de cette acquisition sur le pluralisme et l’indépendance des contenus éditoriaux. Cela soulève des enjeux tels que des modifications des lignes éditoriales, des remaniements au sein des rédactions, des changements dans les contenus journalistiques, ainsi que des clauses garantissant l’indépendance, incluant notamment un droit de veto sur la désignation du directeur de la rédaction. RSF exhorte la plus haute instance administrative à garantir un accès à une information diversifiée, à protéger la liberté d’expression au sein de médias autonomes et à instaurer un cadre juridique solide face à la concentration des propriétaires de médias.