Thomas Legrand et Patrick Cohen décryptent les enjeux politiques devant les députés

Le jeudi 18 décembre, les députés interrogeront Thomas Legrand et Patrick Cohen, deux journalistes de Radio France, à propos de la vidéo controversée de leur rencontre avec des responsables du Parti Socialiste. « J’aspire à éclaircir les doutes soulevés sur les soupçons de collusion », a déclaré Charles Alloncle, rapporteur de la commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public. Il exprime également le souhait que les deux professionnels « reconnaissent leurs erreurs ».

De son côté, Thomas Legrand a exprimé son impatience : « Je suis impatient d’éclaircir cette situation. Tout cela découle d’une grande manipulation », a-t-il affirmé. Le journaliste de Libération, dont l’émission hebdomadaire a été annulée sur France Inter suite à cette affaire, a fait allusion à une vidéo publiée début septembre par le magazine conservateur L’Incorrect. Cette vidéo montrait Legrand et Cohen discutant avec des membres du PS dans un restaurant parisien.

Au cours de cet échange, Legrand a abordé les tactiques politiques de la gauche pour les prochaines élections, déclarant à propos de Rachida Dati, candidate de la droite parisienne : « Nous allons faire ce qu’il faut pour Rachida, Patrick et moi ». Lors de son audition devant la commission le 17 décembre, Sibyle Veil, présidente de Radio France, a admis que ses propos étaient « problématiques », tout en déplorant que cette affaire ait été « instrumentalisée ». Les deux journalistes ont alors signalé un montage et ont porté plainte.

Pas de jugements hâtifs

Cet incident a ravivé les accusations, souvent véhiculées par une frange de la droite et de l’extrême droite, concernant une possible collusion entre les médias de l’audiovisuel public et la gauche. Incidemment, cela a aussi engendré une confrontation vive entre les dirigeantes de Radio France et de France Télévisions d’une part, et les médias affiliés au milliardaire conservateur Vincent Bolloré de l’autre. Ces deux entités publiques ont finalement assigné le JDD, Europe 1 et CNews en justice pour dénigrement, les accusant de relayer des informations défavorables à leur sujet.

Depuis le début de la commission d’enquête fin novembre, Charles Alloncle ainsi que d’autres députés du RN et de LFI n’ont pas hésité à poser des questions incisives aux dirigeants, y compris celui de l’Arcom, régulateur de l’audiovisuel, ainsi qu’aux présidents de France Télévisions et Radio France. « Il arrive que les commissions d’enquête s’égarent ou soient utilisées à des fins politiques », a dénoncé Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, appelant à l’ordre le rapporteur Charles Alloncle. De son côté, Alloncle a dénoncé une « tentative de déstabilisation » à travers des réseaux sociaux.

Échos au passé

« Thomas Legrand et Patrick Cohen ne sont pas des juges », a affirmé Jérémie Patrier-Leitus, président de la commission. « Il est indéniable que cette vidéo a suscité des réactions fortes et pose des questions légitimes », a-t-il ajouté. Au-delà de cet incident, il estime crucial de comprendre comment les journalistes s’efforcent de respecter les principes d’impartialité et de pluralisme dans un paysage médiatique de plus en plus polarisé et un environnement politique fracturé.

Charles Alloncle envisage d’aborder des révélations récentes sur Europe 1 concernant des échanges privés qui auraient eu lieu dans un autre café, impliquant Thomas Legrand et l’ancienne directrice de France Inter, Laurence Bloch. Cette dernière aurait suggéré à Legrand de « rompre toute collaboration avec la station » pour préserver la réputation de Radio France, évoquant également un potentiel soutien du député PS Emmanuel Grégoire, membre de la commission parlementaire. En réponse, Sibyle Veil a conseillé à Legrand de « cesser de fréquenter les cafés, puisqu’il est manifestement enregistré ». Elle a ajouté que cela lui rappelle « des temps semblables à ceux de la RDA, où tout le monde était mis sur écoute ».

Laisser un commentaire