Anne-Claire Legendre : Nouvelle présidente de l’Institut du monde arabe à Paris

Alors que l’Institut du monde arabe (IMA) se retrouve en période de transition suite à la démission de Jack Lang, Anne-Claire Legendre se prépare à prendre la relève. À peine dix jours après l’annonce de cette démission liée à une enquête sur l’affaire Epstein, elle a été désignée à la présidence de l’IMA à Paris. Sur le plan administratif, le conseil d’administration, composé d’un mélange d’ambassadeurs arabes et de personnalités sélectionnées par le Quai d’Orsay, a validé son mandat le 17 février. Pour découvrir plus sur ses ambitions, lisez son interview dans Stratégies de Michaël Nathan, diffusée le 30 novembre 2023.

Diplomate aguerrie, Anne-Claire Legendre jouit d’une expertise reconnue sur les enjeux du Maghreb et du Moyen-Orient, essentielle pour représenter cet éminent vecteur d’influence française. Conseillère auprès d’Emmanuel Macron pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient depuis fin 2023, elle a été recommandée par le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot. À 46 ans, elle inscrit son nom dans l’histoire en devenant la première femme à prendre la tête de l’IMA. Son parcours au Quai d’Orsay est notable, et elle a été la première et plus jeune femme consul de France à New York en 2016, où elle a exercé pendant quatre ans. La moitié du budget de l’IMA, soit 12,3 millions d’euros, provient du Quai d’Orsay.

« Elle est compétente, rigoureuse et engagée, avec une connaissance approfondie de chaque nation arabe, tant au Maghreb qu’au Moyen-Orient », affirme un ambassadeur du conseil d’administration de l’IMA. Originaire de Bretagne, elle maîtrise l’arabe, langue qu’elle a apprise à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco). Diplômée de Sciences Po Paris et de la Sorbonne en Lettres modernes, son parcours académique est également impressionnant.

Création d’une nouvelle sous-direction : « veille et stratégie »

En 2020, Anne-Claire Legendre est nommée ambassadrice au Koweït, mais elle revient à Paris un an plus tard pour assumer un rôle de porte-parole du ministère des Affaires étrangères. Dans cette fonction, elle développe des stratégies pour contrer les campagnes de désinformation russes, aboutissant à la création d’une sous-direction « veille et stratégie » durant l’été 2022. Cette initiative vise à structurer les réponses face aux narratives externes.

Cependant, sa personnalité réserve parfois des critiques. Certains agents du Quai d’Orsay perçoivent en elle une certaine froideur, contrastant avec son aisance lors de ses conférences de presse hebdomadaires. Bien qu’elle respecte les protocoles établis, elle se montre habile dans la communication.

Pour sensibiliser le public à la fonction de porte-parole, elle multiplie les apparitions à la télévision et à la radio, formulant la position française sur divers sujets, notamment le conflit en Ukraine et les activités du groupe Wagner en Afrique. En décembre 2023, elle devient conseillère pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient à l’Élysée, sous la houlette d’Emmanuel Bonne, à un moment crucial de l’escalade du conflit israélo-palestinien.

Reconnaissance de l’État palestinien

Cette période est particulièrement sensible pour le président Macron, dont la politique étrangère dans la région est scrutée et critiquée, même parmi ses propres diplomates. Peu avant l’arrivée d’Anne-Claire Legendre, une fuite d’informations révélait un désaveu d’un positionnement pro-israélien et une lacune dans la communication avec le Quai d’Orsay. En réponse, la porte-parole du Quai a dû réaffirmer l’harmonie entre les diplomates et le cabinet de l’Élysée.

Anne-Claire Legendre joue un rôle central dans la décision de reconnaître un État palestinien par la France en septembre dernier, un acte qui a provoqué la colère d’Israël. Bien que ce geste ait été suivi d’une proposition de cessez-le-feu, l’idée d’une solution à deux États semble encore lointaine. Ce développement constitue cependant un avancement significatif pour plusieurs nations arabes, selon un ambassadeur du conseil de l’IMA.

En outre, au-delà des enjeux israélo-palestiniens, elle est souvent désignée pour naviguer dans des situations délicates, avec des fortunes diverses. En mars 2025, elle se rend à Alger pour discuter avec le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, dans l’espoir d’améliorer les relations entre la France et l’Algérie, malgré un retour rapide à la tension.

Au Liban, ses efforts portent sur la cessation des hostilités entre le Hezbollah et Israël. En novembre 2024, elle réussit à obtenir un accord, plaçant la France dans un rôle de surveillance du cessez-le-feu en collaboration avec les États-Unis.

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