La transformation numérique est aujourd’hui au cœur des décisions des établissements bancaires, entraînant une réduction significative de leurs agences physiques. Cette tendance ouvre la voie à d’importants plans de restructuration dans toute l’Europe. La Société Générale, par exemple, a annoncé le 22 janvier la suppression de 1 800 postes en France d’ici fin 2027, soulignant la nécessité de « renforcer l’automatisation et l’usage de l’intelligence artificielle ». Bien que ce plan évite les départs contraints, il ne cible pas directement les agences, qui viennent déjà de subir une réduction drastique : entre 2023 et 2025, plusieurs centaines d’agences seront fermées, entraînant une perte de 3 700 emplois.
De son côté, BNP Paribas intensifie également la diminution de son réseau d’agences, envisageant « autour de 200 » fermetures d’ici 2027. Le groupe met en avant l’efficacité des conversations téléphoniques et de la visioconférence. Selon Thierry Laborde, directeur général délégué, « avoir son banquier dans son salon, c’est plus agréable que de se déplacer dans une agence », comme il l’a affirmé l’année précédente sur BFM Business. En complément, la banque a présenté un projet de réorganisation dans son secteur de gestion d’actifs, qui pourrait réduire de 1 200 le nombre de postes à l’international, selon le journal Les Échos.
La tendance à la baisse des effectifs dans le secteur bancaire français se dessine depuis plusieurs années, comme l’indique la Fédération bancaire française (FBF). Ce déclin touche particulièrement les banques cotées, mais suscite aussi des inquiétudes chez les institutions mutualistes. Par exemple, les employés du Crédit Agricole ont récemment manifesté, préoccupés par les impacts d’un plan visant à mutualiser certaines tâches au sein des caisses régionales.
Une réduction des emplois à l’échelle européenne
Cette dynamique concerne plus largement le secteur bancaire à travers l’Europe. En Allemagne, Deutsche Bank a déjà appliqué un plan de réduction d’effectifs, visant à supprimer près de 2 000 postes au sein de sa banque de détail, jugée peu rentable. Son concurrent, Commerzbank, a prévu pour 2025 la suppression de 3 900 postes, représentant près de 10 % de son personnel, motivée par « la numérisation et l’expansion des opérations à l’international ». En 2024, le nombre d’employés dans les banques allemandes s’élevait à environ 550 000, selon un rapport de Barkow Consulting, en baisse par rapport aux presque 775 000 en 2000.
En Italie, la numérisation, la montée de l’intelligence artificielle et les restructurations internes ont également frappé le secteur. Le nombre d’agences a chuté de 20 % en moins de cinq ans, avec 20 000 emplois perdus durant cette période, selon le syndicat Fisac-Cgil. La première banque italienne, Intesa Sanpaolo, prévoit de réduire de 9 000 le nombre de postes d’ici 2027, en écho à un mouvement similaire d’UniCredit qui ciblait 6 000 emplois entre 2020 et 2023, en raison de la baisse des services en guichet due à la montée du numérique.
Enfin, l’Espagne, qui avait entamé sa transformation avant ses voisins suite à la crise financière de 2008, a vu ses effectifs diminuer d’un tiers en l’espace d’une dizaine d’années. Au cours de cette « décennie noire », près de 100 000 emplois et 20 000 agences ont disparu, d’après la Banque d’Espagne. Aujourd’hui, l’Espagne se positionne parmi les pays européens à la pointe des services bancaires en ligne, avec plus de 70 % de la population utilisant des outils numériques pour leurs opérations bancaires, comme le souligne un rapport de l’OBS Business School publié à la mi-janvier.