Ce mercredi, CNews a été mise en cause par Reporters Sans Frontières (RSF), accusée de « truquer » les règles de l’équilibre politique afin d’avantager l’extrême droite. Cette allégation sera examinée dans un Complément d’enquête diffusé sur France 2, ce jeudi 27 novembre, qui portera sur la chaîne d’information liée au groupe Bolloré.
Selon RSF, CNews aurait contourné ses obligations en matière de pluralisme, reléguant les représentants de La France Insoumise, du Parti Socialiste, d’Europe Écologie Les Verts et du Parti Communiste Français à des horaires peu propices, « pendant que la majorité des Français dort ». L’ONG a informé l’AFP de son intention de saisir l’Arcom. D’après une analyse des antennes des quatre chaînes d’info en continu, réalisée du 1er au 31 mars, RSF estime que CNews utilise une technique de « rattrapage nocturne » pour masquer son manque de diversité politique aux yeux de l’Arcom.
« La stratégie de CNews »
Dans son enquête, Complément d’enquête se penche sur « La stratégie de CNews », une chaîne où les sujets tels que l’immigration, l’islam et l’insécurité sont souvent à l’honneur. Pendant une heure, l’émission s’appuie sur des témoignages et des données chiffrées pour explorer « la ligne éditoriale » de ce leader des chaînes d’information en continu en France. Un ancien journaliste de CNews, maintenant à France 3, a révélé qu’en 2021, juste avant la présidentielle de 2022, un cadre de la chaîne a déclaré : « Dès à présent, ce sera exclusivement muslim, muslim, muslim » [musulman, ndlr]. Les journalistes ont également utilisé un logiciel pour analyser la fréquence de certains mots à l’antenne.
« De 2020 à 2024, le terme islam a été mentionné 30 993 fois sur CNews, soit plus du double par rapport aux chaînes concurrentes. Le mot immigration a été cité 69 353 fois, représentant deux à trois fois plus », souligne, en voix off, Lilya Melkonian, l’autrice de l’émission.
La diffusion de ce Complément d’enquête arrive à un moment de fortes tensions entre l’audiovisuel public et les médias détenus par le milliardaire conservateur Vincent Bolloré (CNews, Europe 1 et le JDD). Au début de novembre, France Télévisions et Radio France ont intenté une action en justice pour « dénigrement » contre ces derniers, leur reprochant un traitement « exagéré et déséquilibré » de l’affaire Legrand-Cohen.
Des journalistes du service public ont été accusés de collusion avec le Parti socialiste après la diffusion, début septembre, d’une vidéo les montrant avec deux de ses responsables dans un restaurant. Les médias associés à Bolloré y ont vu une preuve de partialité du service public en faveur de la gauche.
Suite à cette situation, l’UDR, parti d’Eric Ciotti, en collaboration avec le Rassemblement national, a réussi à instaurer à l’Assemblé nationale une commission d’enquête sur la « neutralité, le fonctionnement et le financement » de l’audiovisuel public. Les travaux de cette commission ont commencé mardi.