Lors d’une récente audition devant un tribunal à Los Angeles, Cristos Goodrow, vice-président de l’ingénierie chez YouTube, a précisé que la plateforme n’était pas destinée à maximiser le temps passé par les utilisateurs sur ses vidéos, mais visait plutôt à « offrir une valeur ajoutée » aux spectateurs. Sa prise de parole a remplacé celle de Neal Mohan, le PDG de YouTube, qui était censé être présent pour défendre la société.
Ce procès, centré sur les réseaux sociaux, met en lumière la différence de stratégie entre YouTube et Meta. Tandis qu’Adam Mosseri, le directeur d’Instagram, et Mark Zuckerberg, le PDG du groupe, ont été convoqués, le jury devra décider d’ici la fin mars si YouTube et Instagram portent une part de responsabilité dans les problèmes de santé mentale rencontrés par Kaley G.M., la plaignante de 20 ans. Kaley, qui a plongé dans l’univers de YouTube à l’âge de six ans et a rejoint Instagram à neuf, désigne ces plateformes comme à l’origine de son addiction.
« YouTube ne cherche pas à créer des dépendances », a déclaré Goodrow le 23 février, lors de son interrogatoire par l’avocat de la plaignante, Mark Lanier. À cette occasion, Lanier a présenté un document interne de 2013, qui indiquait que YouTube avait pour objectif d’atteindre un milliard d’heures de visionnage quotidien d’ici 2016, un but qui a été atteint et dépassé en 2024.
Un algorithme puissant
Lanier a également évoqué divers documents internes soulignant les impacts négatifs d’une consommation excessive de vidéos. Goodrow a admis que les adolescents ne devaient pas sacrifier leur sommeil pour profiter des vidéos YouTube, tout en soulignant que l’entreprise perçoit le scrolling comme un échec plutôt qu’un succès. « Nous voulons que les utilisateurs accèdent rapidement au contenu qui les intéresse », a-t-il ajouté. « Un scrolling excessif entraîne de la frustration ». Il a en outre mis en avant la puissance de l’algorithme de recommandation de YouTube pour justifier son modèle.
Il a par ailleurs insisté sur le fait que YouTube ne devait pas être vu comme une plateforme sociale comme Facebook ou Snapchat, notant que sa conception ne favorisait pas l’interaction communautaire ou les échanges de messages temporaires.
Ce procès est perçu comme un moment charnière pour l’avenir de nombreuses affaires similaires en cours. Les problématiques abordées ne portent pas sur le contenu lui-même, pour lequel les lois protègent les plateformes, mais sur la façon dont ces applications pourraient encourager une consommation excessive de vidéos.
Kaley G.M., qui n’était pas censée être entendue, sera finalement auditionnée les 24 ou 25 février.
TikTok, Meta et Snapchat sur le banc des accusés
TikTok et Snapchat, également cités dans ces plaintes, ont opté pour un règlement confidentiel avec Kaley G.M. en amont du procès. Parallèlement, une procédure similaire est en cours à l’échelle nationale, devant un juge fédéral à Oakland, Californie, qui pourrait déboucher sur un procès en 2026.
Meta est également engagé dans une bataille judiciaire dans le Nouveau-Mexique, où un procureur accuse la société de mettre le profit avant la protection des mineurs contre les prédateurs sexuels.