Le récent achat de Warner Bros par Netflix, annoncé le 5 décembre, a suscité de vives inquiétudes au sein d’Hollywood, parmi les exploitants de salles obscures et certains élus, quant à l’avenir de la projection en salles et à une potentielle surconcentration du marché. Avec un investissement de 72 milliards de dollars (près de 83 milliards incluant les dettes), Netflix se prépare à acquérir son compétiteur direct en streaming, HBO Max, ainsi que les emblématiques studios Warner Bros et leur vaste catalogue. Cette fusion engendrerait un rapprochement entre deux des trois plus grandes plateformes de vidéo à la demande au monde, hors Amazon Prime qui adopte un modèle hybride, totalisant ainsi plus de 300 millions d’abonnés pour Netflix et 128 millions pour HBO Max. Ensemble, ces géants dépensent chaque année plus de 20 milliards de dollars en contenus, ce qui ferait de la nouvelle entité un leader incontesté dans l’industrie.
Le 3 décembre, le sénateur républicain Mike Lee a averti sur X que cette initiative « devrait inquiéter les autorités compétentes à l’échelle mondiale ». Pour la sénatrice démocrate Elizabeth Warren, cela « risque d’augmenter les tarifs des abonnements, de réduire le choix disponible, et de compromettre des emplois aux États-Unis ». Un représentant anonyme a confié à CNBC que cette acquisition suscite un « scepticisme marqué » parmi les membres de l’administration Trump. En réponse à une sollicitation de l’AFP, la Federal Trade Commission (FTC) a décliné tout commentaire. Quant à la Maison Blanche, elle est restée silencieuse sur le sujet.
Un avenir incertain
Ce même jour, David Ellison, dirigeant de Paramount Skydance et prétendant à la reprise de Warner Bros, a exprimé ses préoccupations face à cette opération, qu’il estime capable de nuire à la concurrence, devant Donald Trump et des congressistes. Étant en bons termes avec le président, grâce à son père Larry Ellison, dirigeant d’Oracle, il bénéficie d’une oreille attentive. En juillet dernier, l’administration Trump avait déjà validé l’acquisition de Paramount par Skydance Media.
De nombreux acteurs d’Hollywood, en accord avec Elizabeth Warren, craignent que le président n’utilise le pouvoir des régulateurs comme outil de pression pour imposer ses conditions. Jane Fonda a partagé ses craintes dans une tribune sur The Ankler, soulignant comment le gouvernement se sert de projets de fusion pour exercer des pressions politiques et de la censure. Pour obtenir l’approbation de la FTC, Skydance avait promis à la FCC des modifications éditoriales au sein de CBS, une chaîne jugée « hors de contrôle » par Trump.
En fin d’année 2024, l’ancien président avait même attaqué CBS en justice pour avoir prétendument altéré une interview de sa rivale démocrate, Kamala Harris. Juste avant que la FCC n’autorise Skydance, CBS avait annoncé l’arrêt de « The Late Show », un programme dont l’animateur, Stephen Colbert, adopte un ton critique envers l’administration.
Au-delà des préoccupations liées à la concurrence sur le marché du streaming, la fédération d’exploitants Cinema United considère l’acquisition de Warner Bros par Netflix comme une « menace inédite » pour les salles de cinéma. Lors d’une conférence téléphonique avec des analystes le 5 décembre, Ted Sarandos, co-PDG de Netflix, a assuré que la plateforme ne remettrait pas en question la sortie en salle des films Warner, bien qu’elle envisage de réduire la période d’exclusivité entre la sortie cinéma et celle en vidéo. Initialement fixée à 45 jours, cette période est passée à un mois, et peut même descendre à 17 jours dans certaines circonstances.
Dans une lettre adressée aux membres du Congrès, un collectif de producteurs a mis en garde contre le fait que la transition de Warner Bros sous l’égide de Netflix équivaudrait à mettre « la corde au cou de l’industrie » des salles obscures.