Tension Croissante entre Distributeurs et Industriels : Le Rôle Crucial du Gouvernement

Les supermarchés et leurs fournisseurs espéraient apaiser les tensions, mais il semble que cela soit un vœu pieux : le 16 février, les distributeurs ont annoncé leur décision de se retirer du comité de suivi des négociations commerciales, qui devraient théoriquement s’achever dans les deux semaines à venir. Ils ont fortement critiqué des propos jugés « caricaturaux » de la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard.

Les discussions, entamées le 1er décembre et prévues jusqu’au 1er mars, jouent un rôle crucial dans la fixation des prix en rayon (hors marques propres). Ces négociations opposent les enseignes à la recherche de tarifs attractifs pour séduire les consommateurs aux industriels qui justifient leurs demandes par l’augmentation des coûts de production et leurs besoins en investissements. Malgré les lois Egalim censées encadrer ces échanges, on accuse souvent ces négociations de diminuer les revenus des agriculteurs.

Pour instaurer une ambiance propice au dialogue, les différentes parties avaient signé une nouvelle charte de bonne conduite à la fin novembre, grâce à l’initiative des ministères de l’Agriculture et du Commerce. Cependant, cela n’a pas empêché le retour des tensions habituelles.

Dans un entretien accordé à Le Parisien, Annie Genevard a critiqué la grande distribution, l’accusant de mener un « chantage mortifère » envers les acteurs de l’agroalimentaire. Elle a souligné que les exigences des enseignes en matière de prix sont en contradiction avec les besoins des producteurs. Face à des négociations conflictuelles, elle a averti que « ce sont les agriculteurs qui en pâtiront ».

« Chantage mortifère »

« Certaines chaînes menacent de retirer des marques si un accord n’est pas trouvé. Pour moi, cela constitue un chantage mortifère pour le secteur agroalimentaire », a-t-elle déclaré. Ce faisant, le groupe laitier Lactalis a récemment reproché à la centrale d’achat européenne d’Intermarché, Auchan et Casino de retirer certains de ses produits pour négocier des réductions de prix.

Elle a également précisé que « les hausses de prix sont souvent justifiées et que le contournement des lois françaises via les centrales d’achat européennes ne peut plus se poursuivre. Il est donc nécessaire d’initier des évolutions au niveau du droit européen » et a promis d’en discuter avec les commissaires européens lors du prochain Salon de l’Agriculture, qui se tiendra du 21 février au 1er mars.

Néanmoins, les distributeurs estiment que « ces déclarations mettent à mal la méthode de travail basée sur la confiance et le respect mutuel » établie par la charte qu’ils avaient acceptée. Dans une lettre adressée à Annie Genevard, la Fédération du Commerce et de la Distribution (FCD) affirme que « la volonté de dialoguer n’est pas réciproque et que les conditions nécessaires à des échanges respectueux ne sont pas réunies ».

« Politique de diversion »

En se défendant, la FCD a noté que « de nombreux coûts baissent actuellement », en mentionnant des matières premières agricoles (comme le blé ou le café) et des coûts industriels (tels que l’énergie). « Cela devrait se refléter dans les négociations en cours, au bénéfice des consommateurs, qui souffrent de l’inflation », a-t-elle ajouté.

La Fédération a condamné les accusations visant les distributeurs, les qualifiant de « politique de diversion » à l’approche du Salon de l’Agriculture. Michel-Édouard Leclerc, président du comité stratégique des centres E.Leclerc, a précisé que la ministre devrait plutôt défendre les intérêts des agriculteurs, déplorant le manque de « transparence » des grandes multinationales de l’agro-industrie.

Sur le sujet des produits retirés des rayons, Leclerc a affirmé que « les industriels ne nous livrent pas actuellement », citant l’exemple du chocolatier suisse Lindt avec lequel les discussions sont tendues. Il a également justifié le recours des distributeurs aux centrales d’achat européennes pour avoir un poids dans les négociations contre les géants comme Unilever ou Nestlé, qui, selon lui, ne défendent pas les agriculteurs français.

En parallèle, la Répression des fraudes a infligé une amende supérieure à 33 millions d’euros à Eurelec, la centrale d’achat européenne d’E.Leclerc, pour non-respect des délais dans certains contrats en 2025. Bercy a confirmé que le comité de suivi se tiendra mardi à 10 heures, tout en se gardant de tout autre commentaire.

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