TikTok : Accord Clé pour Éviter l’Interdiction aux États-Unis

Un nouvel accord majeur vient d’être conclu par TikTok pour établir une coentreprise aux États-Unis, répondant ainsi aux exigences légales qui menaçaient son avenir dans le pays. Cette initiative a été révélée par un mémo interne du directeur général de TikTok, Shou Chew, consulté par l’AFP le 18 décembre.

Cette collaboration entre TikTok, filial de l’entreprise chinoise ByteDance, et trois investisseurs – Oracle, Silver Lake et le fonds émirati MGX – a été attendue depuis l’annonce par Donald Trump en septembre d’un potentiel accord, après des négociations intenses entre Washington et Pékin. Le président avait prolongé, jusqu’au 23 janvier 2026, une loi instaurée sous l’administration de son prédécesseur, Joe Biden.

Les législateurs américains visent à empêcher les autorités chinoises d’accéder aux données personnelles des utilisateurs de TikTok aux États-Unis ou de manipuler l’opinion publique via l’algorithme sophistiqué de la plateforme. TikTok, qui compte environ 170 millions d’utilisateurs américains, a reconnu que des employés basés en Chine avaient accès à certaines données, mais a affirmé qu’il n’y avait eu aucune divulgation au gouvernement chinois.

Une majorité d’investisseurs américains

La coentreprise, baptisée « TikTok USDS Joint Venture LLC », sera gérée comme une entité indépendante, dotée de prérogatives sur la protection des données des utilisateurs américains, la sécurité des algorithmes, ainsi que la modération du contenu. Ce cadre a été précisé dans le mémo de Shou Chew adressé aux employés.

Conformément à un décret signé par Donald Trump, « la coentreprise doit être majoritairement détenue par des investisseurs américains, dirigée par un conseil d’administration de sept membres, dont la majorité sera américaine, et soumise à des conditions garantissant la sécurité nationale et la protection des données des utilisateurs », dixit le directeur général.

Les partenaires Oracle, Silver Lake et MGX, proches de l’administration Trump, posséderont ensemble 45 % de la coentreprise, tandis que des investisseurs de ByteDance détiendront 30,1 % et que ByteDance gardera 19,9 %. TikTok continuera également d’exercer son contrôle dans le pays sur les services liés aux activités commerciales comme la publicité et la communication.

Le mémo ne fournit pas de détails sur l’évolution du contrôle exercé par ByteDance sur la plateforme. « Nous avons encore des étapes à franchir à l’approche du 22 janvier 2026 », indique Shou Chew dans son communiqué.

Critiques en Europe

La conformité de cette nouvelle structure sera observée de près. En septembre, John Moolenaar, président de la commission des affaires chinoises à la Chambre des représentants, avait annoncé une « examen détaillé » de cet accord, accusant ByteDance d’avoir des intentions malveillantes. TikTok, qui compte plus d’un milliard et demi d’abonnés dans le monde, fait l’objet de nombreuses critiques pour sa gestion des contenus et son algorithme, souvent jugé opaque.

Bien que ByteDance n’ait pas encore commenté le nouvel accord, des experts estiment qu’il s’agit d’un compromis essentiel pour conserver l’accès au marché américain. Li Chengdong, du cabinet chinois de conseil tech Dolphin, a déclaré que « maintenir une activité aux États-Unis est déjà une victoire pour ByteDance ». Cette situation permet également au géant d’accélérer ses projets futurs, notamment en intelligence artificielle, et pourrait faciliter une future introduction en Bourse.

Selon Zhang Yi, expert du bureau d’études iiMedia, le marché américain est d’une importance cruciale pour TikTok. Toutefois, il souligne que l’accord n’assure pas une tranquillité future. « Les autorités américaines pourraient encore exercer leur pouvoir réglementaire pour imposer des exigences excessives à TikTok », a-t-il averti. En France, TikTok fait face à une enquête judiciaire depuis novembre, accusé d’encourager des comportements suicidaires chez les plus vulnérables. De plus, une amende record de 530 millions d’euros a été infligée en Irlande pour des violations liées à la protection des données, et d’autres procédures sont actuellement en cours.

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