Lors de l’ouverture des auditions de la commission d’enquête, Martin Ajdari, président de l’Arcom, a été interrogé pendant deux heures par des parlementaires, face à un contexte devenant tendu. L’enquête fait suite à la controverse entourant les journalistes Thomas Legrand et Patrick Cohen, accusés d’avoir des liens avec le Parti socialiste. Ce cadre intervient alors que les médias du secteur public, notamment France Télévisions, affrontent des défis budgétaires croissants et une guerre idéologique avec les chaînes de Vincent Bolloré, qui leur reprochent un penchant trop marqué vers la gauche.
Dans son discours d’introduction, Ajdari a exprimé son « engagement » à faire du service public un acteur fondamental dans le maintien d’un pluralisme aux côtés des groupes privés. Il a insisté sur le fait que, « appartenant à tous et financé par le contribuable », l’audiovisuel public se doit de jouer un rôle unificateur, surtout dans une « société de plus en plus polarisée ».
Des interrogations croissantes
Les échanges ont vite pris une tournure plus intense lorsque Charles Alloncle, rapporteur et membre du groupe UDR d’Éric Ciotti, a commencé à poser des questions. Il a évoqué un éventuel traitement différencié de l’Arcom envers France Inter comparé aux chaînes Bolloré telles que CNews ou C8, qui n’ont pas vu leur fréquence renouvelée. « Ne comprenez-vous pas l’indignation ? » a-t-il interrogé, s’intéressant à l’affaire Legrand-Cohen. En réponse, Ajdari a reconnu que l’« émoi » suscité était « manifeste », renforcé par la diffusion d’une vidéo montrant les deux journalistes avec des dirigeants du PS. Il a néanmoins tenu à préciser que Thomas Legrand, dont les mots (Rachida « Dati, on s’en occupe ») avaient suscité la controverse, avait été suspendu par France Inter, tandis que Patrick Cohen n’avait pas prononcé de telles déclarations.
Philippe Ballard, représentant du RN, a intensifié la critique en reprochant à certains programmes leur hostilité apparente envers son parti. Ajdari a dû répondre à des questions sur des potentiels conflits d’intérêts liés à sa vie personnelle.
Le secteur de l’audiovisuel public fait face à des reproches de biais politique, surtout de la part de certains politiciens de droite et du Rassemblement national, qui plaident pour sa privatisation. En retour, Radio France et France Télévisions ont récemment engagé des poursuites contre CNews, Europe 1 et le JDD, associés au milliardaire conservateur Vincent Bolloré, pour des accusations de « dénigrement ».
Jérémie Patrier-Leitus, président de la commission, a tenté de rassurer les membres de gauche quant à une crainte d’« instrumentalisation ». Il a promis qu’aucun sujet ne serait « tabou », tout en affirmant qu’il n’y aurait pas « de procès à charge ». Alloncle a quant à lui évoqué une programmation « très dense », comprenant au moins une cinquantaine d’auditions, y compris celles des dirigeantes de France Télévisions et Radio France, Delphine Ernotte Cunci et Sibyle Veil.