Le 18 décembre, Patrick Cohen et Thomas Legrand ont pris la parole devant les députés pour s’exprimer sur les pratiques de certains médias affiliés à Vincent Bolloré. Ils ont dénoncé une « manœuvre de propagande » illustrée par une vidéo les montrant avec des responsables du Parti socialiste. Trois mois après le début de cette controverse médiatique, ces deux journalistes de l’audiovisuel public ont été interrogés pendant plusieurs heures par la commission d’enquête de l’Assemblée nationale, chargée de scruter la neutralité et le financement du secteur. Créée à la demande de l’UDR, un parti associé au RN, cette commission s’est penchée sur des accusations de partialité en faveur de la gauche au sein de l’audiovisuel public.
Une stratégie de désinformation
La vidéo en question a été diffusée au début septembre par le magazine L’Incorrect et a ensuite suscité un grand nombre de commentaires sur des chaînes comme CNews, Europe 1 et le JDD. Dans ce document, Thomas Legrand discute des tactiques de la gauche pour les prochaines élections, déclarant à propos de la candidate de droite, Rachida Dati, qu’« on s’en occupe journalistiquement », en référence à la collaboration avec Patrick Cohen. Cohen a souligné que « l’émotion générée par ces images » avait été « amplifiée par une campagne de dénigrement incessante », qui visait à discréditer le service public qu’il représente.
« Rappelez-vous votre dernier café avec un journaliste et imaginer qu’il ait été filmé à votre insu. Ces images pourraient être utilisées pour nuire à votre réputation », a exhorté un éditorialiste de Libération, dont l’émission sur France Inter a été annulée suite à cette affaire. Cependant, cette vidéo a profondément choqué l’opinion publique, comme l’a déclaré Caroline Parmentier (RN).
Une atmosphère tendue
Le rapporteur de la commission, Charles Alloncle (UDR), a exprimé sa perplexité face au refus des journalistes de reconnaître une erreur, tout en précisant qu’il n’existait à ce jour aucune preuve que le montage avait altéré le sens de leurs propos. « Vous pourriez engager une carrière politique tant vous évitez habilement de répondre à mes questions », a-t-il lancé à Patrick Cohen.
Les débats à la commission sont marqués par des échanges particulièrement vifs, suscitant des réactions polarisées sur les réseaux sociaux. Certains élus de gauche ont demandé de « mettre un terme à ce spectacle », voyant dans ces auditions une volonté d’humiliation de la part de l’extrême droite. Thomas Legrand a interrogé Charles Alloncle : « Souhaitez-vous que je vous fasse une autocritique à la soviétique ? » Legrand et Cohen ont déposé une plainte, spécifiquement pour atteinte à la vie privée.
Un climat de défiance
Thomas Legrand a fait part de ses inquiétudes concernant des menaces de mort adressées à son épouse, qui a également été mise en cause sur les réseaux sociaux. En réponse aux insinuations relayées sur Europe 1 à propos d’une rencontre au café avec Laurence Bloch, l’ex-directrice de France Inter, les journalistes ont affirmé que cette discussion était un « rendez-vous privé », enregistré à leur insu, mettant en avant un cas d’« espionnage ». « Nous entrons dans une ère de trumpisme en France », a-t-il conclu. Patrick Cohen a ajouté que « l’espionnage camouflé en journalisme » est devenu monnaie courante au sein des médias associés à Bolloré. La polémique entre l’audiovisuel public et ces médias a pris une tournure judiciaire, France Télévisions et Radio France ayant intenté des actions devant le tribunal des activités économiques contre CNews, Europe 1 et le JDD pour « dénigrement ».