Les industries créatives, englobant des domaines tels que l’audiovisuel, le cinéma, la presse, la radio, la publicité et les jeux vidéo, devraient constituer 2,9 % du PIB en 2024. Cette estimation provient d’une étude EY, annoncée le 10 décembre, à la demande de l’association We Are Creative, représentant divers syndicats et fédérations de ce secteur. Avec un chiffre d’affaires de 102,7 milliards d’euros, le secteur génère 586 000 emplois directs et dépasse 1,1 million si l’on inclut les emplois indirects et induits, affichant une augmentation de 13 % par rapport à 2019. Les industries culturelles et créatives (ICC) contribuent ainsi directement au PIB à hauteur de 43,1 milliards d’euros, marquant une croissance de 21 % en cinq ans.
Menée avec l’appui du ministère de la Culture et de Bpifrance, cette recherche intervient six ans après un précédent rapport et tire des conclusions significatives : « Les ICC représentent un pilier essentiel pour la vitalité économique française, un incubateur d’innovation et un vecteur clé du rayonnement culturel du pays », souligne le document.
Classées en dix catégories par l’UNESCO (arts visuels, audiovisuel, cinéma, jeux vidéo, musique, spectacle vivant, livres, presse, radio et publicité), ces industries font face à des transformations structurelles, notamment l’impact de l’intelligence artificielle et l’évolution des habitudes numériques. Elles subissent aussi des facteurs conjoncturels, amplifiés par un climat économique incertain.
Un secteur clé de l’économie française
Pour des précisions, la valeur ajoutée des ICC a progressé de 21 % entre 2019 et 2024, un rythme de croissance qui double celui d’autres secteurs stratégiques comme l’aéronautique et l’automobile. Cette dynamique a émergé après une chute de 17 % en 2020 due à la pandémie, mais a connu une reprise significative dès 2022, avec une hausse de 13 % durant la période 2022-2024.
Chaque euro de valeur ajoutée dans ces industries génère 1,13 euro supplémentaire de valeur ajoutée indirecte et induite dans d’autres secteurs, tels que le tourisme, le commerce et la restauration. En termes d’emploi, les ICC soutiennent 586 000 emplois directs, dépassant ainsi les secteurs de l’automobile, de l’aéronautique et de la pharmacie combinés, et plus de 1,1 million si l’on compte les emplois indirects et induits, affichant une hausse de 13 % depuis 2019 grâce à l’augmentation des équivalents temps plein.
Cependant, la performance varie d’un secteur à l’autre : tandis que le secteur du jeu vidéo ou de la musique continue de croître vigoureusement, d’autres, comme la presse ou la radio, voient leur valeur ajoutée et leurs emplois diminuer, illustrant la fragilité de leurs modèles économiques face aux changements numériques.
Dynamique régionale et internationalisation
Près de 48 % des emplois liés aux ICC se concentrent en Île-de-France, où l’audiovisuel, le cinéma et la publicité dominent. Cependant, une tendance à la régionalisation émerge, en particulier dans le spectacle vivant et les arts visuels, avec certains territoires bénéficiant d’une dynamisation par le biais de festivals.
Le taux d’exportation moyen est estimé à 17 %, mais varie considérablement selon les secteurs. Le jeu vidéo, l’animation et la musique enregistrée privilégient l’export, tandis que la presse et la radio se concentrent sur le marché national. Par ailleurs, les ICC peuvent également présenter les productions françaises sur la scène mondiale, comme en témoigne la cérémonie d’ouverture des JO de Paris 2024.
Défis et opportunités pour les ICC
Face à la diminution des subventions locales, à des conditions d’emprunt plus strictes et à une forte dépendance aux mécanismes fiscaux, les ICC sont confrontées à des défis de financement. Alors que la digitalisation bouleverse les modèles existants, l’IA générative propose de nouvelles avenues de créativité et de productivité, tout en soulevant des interrogations sur la propriété intellectuelle, la rémunération des créateurs et la qualité des œuvres produites. En outre, la concurrence internationale croissante incite les secteurs à optimiser leurs capacités d’exportation et à renforcer leur attractivité territoriale.
« Cette étude met en exergue l’importance de la création et de l’innovation pour stimuler la croissance économique et le rayonnement de la France. Il est essentiel de valoriser cette industrie stratégique pour renforcer son influence et sa compétitivité », a déclaré Éric Newton, président de We Are Creative. Le rapport appelle également à « une action collective visant à positionner les industries culturelles et créatives comme un pilier d’innovation et de compétitivité » et souligne « l’urgence de considérer la création comme un investissement d’avenir, fondamental pour la croissance durable, la cohésion sociale et le rayonnement international ».