Enquête judiciaire : Fraude présumée dans le rachat du magazine L’Officiel par un groupe chinois

Au-delà des couvertures brillantes où apparaissent des célébrités comme Pierre Niney, Jessica Chastain et Michelle Yeoh, une bataille économique et juridique fait rage depuis plusieurs mois. Cette confrontation oppose les propriétaires historiques de L’Officiel, emblème du monde de la mode et du luxe, à un conglomérat chinois, qui a pris le contrôle du magazine. Selon des informations confirmées par le parquet de Paris à l’AFP, une enquête a été ouverte par la brigade financière de la police judiciaire suite à une plainte déposée le 5 mars 2025.

La famille Jalou, fondatrice de la maison éditrice de L’Officiel de la mode, accuse ce consortium chinois, AMTD, de « contrefaçon, fraude fiscale et abus de biens sociaux ». Ces accusations surviennent après que le groupe ait été placé sous redressement judiciaire en 2022.

Dans la plainte, que l’AFP a pu consulter, la famille Jalou allègue que les actions des investisseurs chinois ont provoqué un préjudice « d’au moins 40 millions d’euros » aux créanciers des éditions Jalou. De plus, ils sont accusés d’avoir contourné le système fiscal français par le biais d’une acquisition jugée « frauduleuse » de la marque, évaluée à près de 85 millions d’euros dans des documents financiers.

Des archives photographiques disparues

Plus spécifiquement, la famille reproche à AMTD (qui n’a pas souhaité réagir auprès de l’AFP) la mise en place de mécanismes financiers complexes s’étendant de Paris à New York, en passant par Hong Kong, Londres et les Îles Caïmans. Ces opérations auraient contribué à la dilution des actifs de l’entreprise française. De surcroît, des archives photographiques précieuses, témoignant d’un siècle d’héritage mode à la française, semblent introuvables.

Parallèlement, AMTD serait accusé d’avoir généré des bénéfices pour la marque L’Officiel à l’international — de Taïwan à l’Australie, voire Dubaï — sans en faire profiter la société française. Les partenaires mondiaux ont été sommés de traiter directement avec les nouveaux dirigeants, selon les plaignants.

La conséquence ? Une érosion de l’identité historique de la marque, alors même que le plan de redressement, valable jusqu’en 2028, interdit la vente ou le transfert du fonds de commerce ainsi que des marques.

« C’est une situation incroyable ! », regrette Marie-José Jalou, ancienne rédactrice en chef emblématique du journal, âgée de 76 ans. Elle déclare avec enthousiasme : « L’Officiel était considéré comme la Bible de la mode, et je ne cesserai jamais de défendre son intégrité. »

Un patrimoine à conserver

Cette personnalité influente de l’univers de la mode, qui a engagé des procédures judiciaires en France ainsi qu’à Hong Kong, vise à récupérer des actions d’une valeur de 2 millions d’euros, ainsi que des objets personnels d’une grande valeur sentimentale, comme des tailleurs Chanel et des escarpins Louboutin, disparus lors de cette opération jugée de « prédation » par la famille Jalou.

Fondée en 1921, la maison Jalou a marqué son empreinte sur le paysage de la presse, en publiant des magazines tels que Jalouse, La Revue des Montres et L’Optimum, diffusés dans de nombreux pays. Toutefois, leur trajectoire a été bouleversée suite à une décision judiciaire en 2015, les condamnant à verser 4,2 millions d’euros à un ancien licencié en Russie, entraînant ainsi un redressement judiciaire.

En 2022, la famille Jalou a décidé de s’associer à AMTD, présenté comme un potentiel sauveur, cédant ses parts en échange d’actions. Le groupe hongkongais a depuis multiplié les initiatives, lançant des projets ambitieux à travers le monde, y compris des éditions spéciales au forum de Davos et des défilés à la Bourse de New York.

Cependant, depuis 2024, la tension est palpable. La famille Jalou accuse ses nouveaux investisseurs de « violations graves et répétées du plan de redressement », ce qui interroge la protection des intérêts des employés, de l’Urssaf, du fisc et des fournisseurs.

« L’Officiel est une institution emblématique de la mode française, ne pouvant être traité comme un simple bien spéculatif. Son héritage doit être préservé au bénéfice de ceux qui l’ont édifié, et ne doit pas être sacrifié sur l’autel de pratiques prédatrices », ont fermement exprimé les avocats de la famille Jalou, Céline Bekerman et Antoine Cadeo. Ils ajoutent qu’ils ont « pleine confiance en la justice de notre pays pour faire respecter le droit et protéger tous les créanciers, en premier lieu l’État français pour ses créances fiscales ».

Laisser un commentaire