Adam Mosseri, le directeur d’Instagram, a récemment pris la parole lors d’un procès majeur à Los Angeles. Il est le premier responsable de la Silicon Valley à témoigner dans une affaire où Google et Meta sont accusés de créer une addiction chez les jeunes via leurs plateformes. Lors de son témoignage, qui s’est déroulé le 11 février, Mosseri a déploré l’usage du terme « addiction », préférant évoquer ce qu’il qualifie d’« utilisation problématique ». « Il est essentiel de distinguer l’addiction clinique d’un usage problématique », a-t-il précisé face aux questions des avocats.
Ce procès, qui se prolongera jusqu’au 20 mars, a pour but d’explorer si les géants comme Google et Meta ont délibérément conçu leurs produits pour inciter les jeunes utilisateurs à une consommation excessive, au détriment de leur bien-être psychologique. L’affaire met en avant Kaley G.M, une Californienne de 20 ans, dont l’utilisation intensive de YouTube a débuté à l’âge de 6 ans, suivie par une ascension sur Instagram, TikTok et Snapchat. Son cas a été choisi pour évaluer un ensemble de plaintes similaires où les réseaux sociaux sont accusés de contribuer à des problèmes de santé mentale chez les jeunes, tels que la dépression ou l’anxiété.
« J’ai sans doute déjà déclaré être accro à une série Netflix que j’ai binge-watchée », a commenté Mosseri. Cependant, il a ajouté qu’il ne considérait pas cela au même niveau qu’une addiction clinique. L’avocat de la plaignante, Mark Lanier, a souligné que Mosseri manquait de qualifications médicales pour se prononcer sur la nature de l’addiction. Au cours d’une audience précédente, la psychiatre Anne Lembke avait mis en lumière comment les réseaux sociaux pouvaient agir comme une « drogues d’entrée », orientant les jeunes vers des comportements addictifs en raison de leur cerveau encore en développement.
« Je ne me suis jamais prétendu capable de poser un diagnostic d’addiction clinique », a déclaré Mosseri, tout en reconnaissant qu’il avait quelquefois utilisé ce terme de manière imprudente. Dans la galerie, des mères de jeunes victimes de suicide semblaient au bord de l’exaspération, ayant campé sous la pluie pour assister au procès.
Profit ou protection ?
En réponse aux préoccupations sur la sécurité des utilisateurs, Mosseri a évoqué l’évolution d’Instagram, affirmant que « l’Instagram que Kayle a rejoint à 11 ans était très différent, présentant moins de risques, car c’était une plateforme plus simple ». Interrogé sur l’équilibre entre la sécurité des utilisateurs et la rentabilité de l’entreprise, il a souligné que « la protection des jeunes est aussi bénéfique pour l’activité et les profits ». Il a expliqué que « notre revenu avec les adolescents est limité », car ceux-ci interagissent moins avec la publicité.
La défense de Kaley a cherché à prouver que Meta poursuivait l’objectif de fidéliser les jeunes le plus tôt possible, ce à quoi Mosseri a répondu en insistant sur une vision à long terme, promettant de « maximiser les bénéfices tout en minimisant les dommages ». Il a reconnu que ses revenus sont davantage liés aux performances de la plateforme qu’à son salaire fixe de 900 000 euros par an, avec des bonus pouvant atteindre jusqu’à 20 millions d’euros.
Face à des courriels internes révélant des désaccords sur des décisions controversées, telles que l’introduction de filtres de chirurgie esthétique sur Instagram, Mosseri a défendu la position de Mark Zuckerberg. Malgré les mises en garde de certains dirigeants concernant l’impact néfaste de ces fonctionnalités sur les jeunes filles, d’autres ont plaidé pour leur maintien afin de ne pas perdre des parts de marché à l’heure où la concurrence avec TikTok s’intensifie.
Le cœur de ce procès ne repose pas uniquement sur les contenus vidéos, pour lesquels les platforms ne portent qu’une responsabilité juridique limitée. Les algorithmes de personnalisation et leur tendance à encourager une consommation compulsive sont au centre des préoccupations visant Meta et YouTube. Neal Mohan, le PDG de YouTube, est prévu d’être entendu le 19 février, tandis que TikTok et Snapchat ont choisi de régler leurs litiges à l’amiable avant l’ouverture des débats.