Salon de l’Agriculture 2026 : Politiques et Syndicats en Colère, Pas de Vaches au Rendez-vous

Depuis plusieurs années, les mois précédant le Salon international de l’agriculture sont marqués par des manifestations significatives. En 2024, les agriculteurs ont exprimé des revendications concernant leur revenu, leur reconnaissance et leur avenir. L’année suivante, ils ont vivement réclamé la mise en œuvre des promesses gouvernementales, souvent oubliées en raison des bouleversements politiques. En 2026, à partir du samedi 21 février, le salon se concentre notamment sur la gestion de la dermatose bovine qui touche le Sud-Ouest, exacerbant les inquiétudes liées à l’accord de libre-échange UE-Mercosur, aux déséquilibres commerciaux dans le secteur agro-alimentaire, et aux changements climatiques de plus en plus alarmants.

Pour la première fois depuis sa création en 1964, les bovins seront absents du salon. Les organismes de sélection des races ont décidé de ne pas présenter leurs animaux « par solidarité » avec les éleveurs affectés par cette maladie. Cela représente un défi pour les organisateurs, qui ont élargi leur gamme d’activités familiales afin d’attirer au moins 600 000 visiteurs.

Les syndicats agricoles attendent des clarifications de la part d’Emmanuel Macron

Dans les exploitations agricoles, un mélange de fatigue et d’exaspération domine. L’agriculture a occupé une place centrale dans les discussions tout au long de l’année, avec des débats autour de la loi Duplomb et la réintroduction d’un pesticide néonicotinoïde, interdit en France mais permis dans d’autres pays européens jusqu’en 2033. Ces questions ont intensifié les fissures entre les défenseurs de l’environnement et ceux du productivisme, face à la concurrence internationale.

Le gouvernement a multiplié les annonces entre décembre et janvier, transformant le salon, qui court jusqu’au 1er mars, en un moment clé pour évaluer plusieurs enjeux comme la souveraineté alimentaire, la gestion de l’eau et la création d’une « loi d’urgence agricole », dont les détails restent encore incertains.

À moins d’un an des élections présidentielles, les syndicats agricoles attendent toujours une vision claire d’Emmanuel Macron, qui a récemment évoqué trois mots clés lors d’une visite dans une ferme : « production, préservation, protection ». Cependant, ces éléments sont jugés insuffisants par la FNSEA, le principal syndicat agricole, qui se retrouve en concurrence avec laCoordination rurale, un groupe contestataire en plein essor. Le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, a exprimé son impatience, appelant le gouvernement à soutenir une nouvelle tentative du sénateur Laurent Duplomb pour réintroduire des pesticides interdits, après un premier rejet par le Conseil constitutionnel. « À l’approche de l’ouverture du Salon, les agriculteurs recherchent de la cohérence et du courage politique », a-t-il déclaré.

La Confédération paysanne, le troisième syndicat, prônant une véritable transition agroécologique, a déjà annoncé son intention de boycotter l’inauguration du salon présidée par Emmanuel Macron, dénonçant la « cogestion permanente » entre la FNSEA et le gouvernement. Ce syndicat refuse de participer à « une vitrine de l’agriculture déconnectée de la réalité sur le terrain ».

« Ce n’est pas une fête foraine »

Une question demeure : que feront lors du salon les membres des « bonnets jaunes » de la Coordination rurale, connus pour leurs actions percutantes ? Les organisateurs ont appelé au « respect des visiteurs » et des exposants, qui investissent de manière significative pour promouvoir leurs produits locaux.

« Nous ne venons pas au Salon pour faire la fête, mais pour interpeller les décideurs et leur demander, tant en amont qu’en aval, de répondre à nos besoins », a déclaré Bertrand Venteau, président de la CR, en citant les banques et les grandes surfaces, alors que des négociations cruciales doivent se conclure avant la fin de l’événement.

« Nous ne pouvons pas mettre la pression sur le Salon chaque année », a averti Arnaud Lemoine, directeur de Ceneca, l’organisateur du Salon. Il a rappelé que les manifestations et distributions de tracts sont interdites, tandis que les déplacements des responsables politiques seront davantage « encadrés ».

Plus de 80 visites institutionnelles sont attendues, malgré l’absence de bovins pour la traditionnelle photo des élus, qui aiment s’afficher aux côtés des animaux tout en goûtant les spécialités locales, telles que les rhums de Martinique ou le brie de Meaux.

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