Une audience captivante se profile devant la cour supérieure civile de Los Angeles. Ce procès pourrait créer un précédent juridique significatif pour une multitude de recours aux États-Unis contre les plateformes numériques, mises en cause pour avoir délibérément encouragé l’addiction afin d’augmenter leurs revenus publicitaires.
Mark Zuckerberg, figure centrale de l’affaire
En l’absence de TikTok et Snapchat, qui ont choisi d’opter pour un règlement confidentiel, seuls YouTube, une entreprise de Google, et Meta, le titan technologique derrière Instagram, sont présents à la barre. Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook et directeur de Meta, est le dirigeant le plus attendu lors de ce procès qui va s’étendre sur plus d’un mois.
Les douze jurés, sélectionnés le 6 février après une semaine de processus minutieux, vont statuer sur la réclamation d’une jeune Californienne de 20 ans, Kelly G.M. Son cas a été jugé suffisamment représentatif pour servir de test, établissant ainsi un modèle pour de nombreuses réclamations similaires en Californie.
Cette jeune femme, qui utilise YouTube depuis l’âge de six ans avant de rejoindre Instagram à 11 ans, puis Snapchat et TikTok quelques années plus tard, accuse ces réseaux sociaux d’avoir généré une dépendance qui l’a plongée dans une spirale de dépression, d’anxiété et de soucis relacionados à son image personnelle.
La conception algorithmiquede des réseaux sociaux en question
« Pour la première fois, des plateformes sociales doivent se défendre devant un jury pour avoir infligé des dommages à des enfants », a déclaré Me Matthew Bergman, avocat et fondateur du Social Media Victims Law Center, qui gère plus de 1 000 affaires similaires.
Les discussions ne se concentreront cependant pas sur les contenus nocifs ou dérangeants que les plateformes peuvent héberger. En vertu de la loi américaine, notamment la section 230 du Communications Decency Act, ces entreprises sont largement exonérées de toute responsabilité pour le contenu mis en ligne par des tiers.
Pour contourner cette protection, les plaignants s’attaquent à l’architecture même des réseaux sociaux, en remettant en question les algorithmes et les fonctionnalités de personnalisation qui incitent à un défilement continu de vidéos. Ils décrivent cette approche comme négligente et nuisible, s’inscrivant dans une stratégie précédemment appliquée contre l’industrie du tabac dans les années 1990 et 2000.
Le 6 février, les avocats de Meta et YouTube ont plaidé auprès de la juge Carolyn Kuhl pour qu’elle interdise toute comparaison entre leurs outils et des produits connus pour leur caractère addictif, comme le tabac et les opioïdes, mais sans succès.
Hostilité envers Zuckerberg
La sélection du jury, commencée le 27 janvier et prolongée par des circonstances externes, s’est conclue vendredi après six jours de délibérations. La présence délicate de Mark Zuckerberg a été remarquée, ont rapporté les sources. Les avocats de Meta ont dû s’efforcer d’éliminer les jurés potentiels qui pourraient avoir une certaine antipathie envers ce dirigeant influent.
Dans le camp des plaignants, les avocats ont majoritairement révoqué des jurés, surtout des hommes, qui attribuaient à de possibles défaillances parentales la mauvaise santé mentale des jeunes, plutôt qu’aux concepteurs des plateformes sociales.
Par ailleurs, au Nouveau-Mexique, un procès distinct accuse Meta de privilégier le profit sur la protection des mineurs face aux prédateurs sexuels, à commencer également cette semaine.
En parallèle du procès de Los Angeles, l’addiction aux réseaux sociaux fait l’objet d’une procédure collective à l’échelle nationale, actuellement instruite par une juge fédérale à Oakland, près de San Francisco.